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Presse

Interview pour le journal grec Thessalia, le jeudi 3 août 2023

Festival « Contes et Mythes sur le dos du Centaure »

Interview au journal grec Thessalia

Traduction

Journal Thessalie (Grèce), p.17, jeudi 3 août 2023 / CULTURE

  • RENCONTRE AVEC LE CONTEUR ADRIEN LOCIURO

Le conte populaire est jeu et sagesse

inteview par Dimitri B. Prousalis

À l’occasion de la participation internationale de la Belgique au 13ème Festival du Conte du Mont Pilion « Contes et Mythes sur le dos du Centaure », qui a lieu à Aghios Georgios Nilias (Grèce), nous avons eu le plaisir de rencontrer et converser avec Adrien Lociuro, nouveau conteur très prometteur, en vue de son spectacle de contes.

  1. Pouvez-vous définir ce que « conter » signifie pour vous ?

A.L. Conter est un plaisir et un partage. C’est un moment très spécial. Le conteur devient le prétexte pour que se réveille chez l’auditeur le royaume intérieur. Nous portons tous en nous un roi, un voyageur, un mendiant, un renard de la forêt ou un oiseau enchanté. Lors d’un bon récit les cœurs deviennent un et peut-être que nous nous rapprochons de ce que signifie l’« humanité ».

  1. Que signifie le conte populaire pour vous ? Nous observons aujourd’hui une occupation diversifiée de nombreuses personnes avec celui-ci. Croyez-vous que l’intérêt porté au conte populaire soit encore justifié de nos jours ?

A.L. Le conte populaire signifie sagesse, signifie jeu, signifie rire. Quand un conte populaire est entendu, ce n’est pas une seule personne qui le raconte, c’est-à-dire le conteur. C’est une foule de personnes qui parle, ce sont les peuples qui parlent. En ce qui concerne l’occupation des gens avec les contes et si cela se justifie aujourd’hui, ce n’est pas à nous de le dire. Si des personnes d’horizons différents et de formes artistiques variées s’intéressent au conte populaire, cela signifie qu’il a encore quelque chose à nous offrir.

  1. Qu’est-ce qui vous a amené au conte populaire ?

A.L. Dans notre famille, ma grand-mère italienne nous racontait des histoires de son village, en Sicile. Elle nous racontait des histoires d’amour, des histoires de la mafia, mais aussi des blagues qui étaient des condensés de contes. Vingt ans plus tard, je fus surpris de réaliser que certaines de ces blagues étaient des histoires de Nasreddin Hodja ! Plus tard, quand j’étais étudiant en pédagogie, une de mes colocataires a organisé une soirée de contes à la maison et m’a proposé de raconter moi aussi une histoire. J’en ai choisi une que j’avais entendu la veille à l’école, dite par un professeur. Je l’ai répétée entre la sortie du métro et la maison et l’ai racontée le soir-même. C’était la première fois. Quelqu’un m’a dit alors que je racontais à la manière des anciens conteurs. J’ignorais ce que cela signifiait mais cela a réveillé en moi un désir bien particulier.

 

     

    Le temps est passé et je me suis retrouvé à divers festivals, soirées et cabarets de contes, en tant que public. Certains conteurs m’ont plu et je leur ai demandé de me parler de leur occupation avec le conte et leur rapport à l’art de raconter. Un d’eux m’a parlé d’Henri Gougaud et de son atelier. Cet été-là de 2015, par le plus grand des hasards (ou peut-être pas ?), une copine m’a offert un de ses livres, Les Sept Plumes de l’Aigle.
    À partir de là les choses ont pris leur chemin et je me suis retrouvé à son atelier, jusqu’aujourd’hui. Entre l’époque de ma grand-mère et la rencontre avec Henri Gougaud, un autre personnage s’est encore présenté dans ma vie, Nissim Amon, un enseignant du Zen, qui enseignait entre autres à travers les histoires. Enfin, probablement que d’autres choses encore m’ont mené sur ce chemin de l’art de conter, sans que je ne le sache.

    Donnez-nous votre point de vue : y-a-t-il de nos jours une nécessité de raconter ? Et si oui, comment l’expliquez-vous ?

    A.L. Il y a clairement une telle nécessité. En particulier de nos jours où tout est fait à distance, au travers d’écrans, d’images et de capsules vidéo de quelques secondes. Où sont le temps et le lieu pour se retrouver ensemble avec nos cœurs ouverts, faire une pause des difficultés et de l’anxiété de la vie, des rythmes effrénés du quotidien ? Face à l’individualisation, la communauté est nécessaire.

    Quels types narratifs sont présents dans votre répertoire ? Y-en-a-t-il un que vous privilégiez et si oui, pourquoi ?

    A.L. Je ne donne pas beaucoup d’importance à la classification des types. Quand j’aime une histoire, je la laisse me parler, et je me plais à l’approcher et la raconter à ma manière. Je vois cependant que je raconte plutôt des histoires traditionnelles de diverses cultures et traditions orales qui ont un caractère universel et qui traitent du voyage, du rêve et de l’éveil de la conscience.

    Selon quels critères choisissez-vous la matière qui sera utilisée lors d’une séance de contes ?

    A.L. Certaines fois, les critères de sélection de mes histoires dépendent de la proposition de l’institution ou du lieu qui m’invite à collaborer. D’autres fois, les critères sont définis par mes quêtes et recherches personnelles à un moment donné. Ce qui est certain, c’est que je raconte des histoires qui me plaisent et dont j’estime qu’elles peuvent devenir un récit agréable pour tout le monde.

     

     

    Au cours des dernières années, un foisonnement est observé dans le monde du conte avec l’émergence de nouveaux conteurs. Pouvez-vous commenter ce phénomène ? Que remarquez-vous en Belgique ?

    A.L. On a essayé la télé, on a essayé la radio, on a essayé l’internet et les réseaux, mais quelque chose nous manque encore. De jeunes personnes se rendent compte que le récit oral vient combler ce vide. Aussi, les jeunes conteurs, ainsi que les spectateurs, découvrent que les contes ne s’adressent pas uniquement aux enfants. Une soirée de contes c’est du divertissement, de l’amusement et de la socialisation, au même titre que d’autres formes. En Belgique, cela fait plusieurs décennies que se produit le fameux « renouveau » du conte et nous sommes heureux de voir de jeunes conteuses et conteurs proposer et initier des évènements autour du conte et mettre l’oralité dans leur vie.

    Qu’allez-vous nous présenter exactement au 13ème Festival du Conte du Mont Pilion ?

    A.L. Je vous présenterai, le vendredi 4 août 2023, un tour de contes que j’appelle « Un rêve plus vieux que le monde ». Je raconterai les contes en grec, avec une introduction en français. Il s’agit d’histoires qui nous viennent des contrées de la Perse, de l’Arménie, du Japon et d’autres cultures encore, et qui traitent de la relation entre le rêve et la vie, et à l’effort de l’homme de faire de sa vie un beau récit.

    Merci beaucoup.

    A.L. Merci à vous !